Jour 157- Tourner en rond
Les jours passent et se ressemblent. Enfin, le seul réel point commun entre chaque jours est fort probablement sa durée puisque le temps change les choses, inévitablement. Cependant, j'ai l'impression que ma vie est plus routinière que jamais. Il ne me reste que très peu de temps ici avant de déménager et pourtant j'ai l'impression que la grande majorité de mon temps est gaspillé à ne foutre soit absoluement rien, soit à être utilisé de façon stupide.
J'essai de ne pas trop penser, question de m'épargner les 1001 questions sans réponses qui m'assaillent de part et d'autres généralement. Non, ça je garde ça pour mes longues soirées à végéter comme un insociable, bien isolé dans ma chambre éclairée par l'écran de mon portable. En fait, je ne veut pas trop m'encombrer la tête avec des hypothèses assez tordues sur ce que va avoir l'air ma vie quand je serai là-bas. Il y a deux conceptions que je peux aborder, l'ennui c'est que l'une me ressemble plus que l'autre, mais je doute un peu de son efficacité si je peux le dire ainsi.
La première est bien simple: m'attendre au pire! Je sais, c'est ce que je fais toujours. L'avantage de cette méthode c'est que ça évite la déception et ça n'amène que des surprises. Le problème est surtout que j'ai l'air particulièrement blasé et que mon fabuleux pouvoir d'auto-suggestion fait que j'risque d'être pris avec cette vision jusqu'à la fin de mes jours et que quelques heureux après mon arrivée j'vais déjà vouloir me trancher un membre Enfin, le pire dans tout ça, c'est que c'est généralement l'optique que j'adopte face à la grande majorité des situations, ce qui rend ma vie un peu moins intéressante. Je critique tout, peut-être parce que pour moi voir le côté positif des choses était une erreur qui entraîne trop de déceptions. Enfin, l'optique-carapace protège tout ou presque. Imperméable au monde extérieur. L'ennui c'est que l'extérieur ne peut entrer mais l'intérieur ne peut sortir. Fermentation de tout ce qui ne va pas bien, grosse boule mal digérée à conserver et un moment donné tout éclate. C'est pas beau à voir....
L'autre approche que je pourrais avoir ce serait d'être optimiste, mais en même temps de me dire que les choses ne peuvent pas toutes aller comme je le voudrais. De façon pratique, ça reviendrait à adopter une attitude complètement différente de celle que j'ai d'habitude. Je sais que ce serait fort probablement mieux, mais en même temps j'ai l'impression que de me dire ça serait un peu comme si je renierai ma personnalité, sorte d'hypocrisie envers moi-même en essayant de me faire à croire que tout va bien alors que dans ma tête c'est l'évidence-même que les choses ne sont pas à mon goût.
Pour être heureux, il faudrait peut-être que je ne sois pas moi-même, ou que je le sois moins. Je me connais assez maintenant pour dire ce qui fait que j'ai de la difficulté à m'avouer heureux: ma peur d'être déçu. Je sais ce que je veux, je sais ce que j'aime et ce qui compte pour moi. L'ennui, c'est que dans tous les petits trucs que je devrais travailler ou changer de A à Z afin d'avoir une ''meilleure'' qualité de vie, j'ai l'impression que c'est au-delà de mes moyens. Je ne sais pas si c'est par lâcheté que je ne veux pas les affronter ou si c'est simplement parce que je crois que je ne me reconnaitrait plus en changeant. On dirait que ce n'est que ma vision qui change et non mon attitude, et je dois avouer que ça m'énerve particulièrement de voir que malgré tous mes efforts intellectuels pour m'améliorer et tenter d'enrayer mes problèmes, celui de la différence entre ce que je pense et ce que je fais et toujours le plus grand des problèmes qui m'habite.....
J'aimerais être en mesure d'avoir plus de contrôle sur ce que je suis, sur qui je suis... et pourtant. Mais en même temps, je devrais me faire à l'idée que je n'arriverai pas à changer du jour au lendemain une personnalité que j'ai mis 19 ans à forger. Et en plus, je réalise de plus en plus que le problème que je vois est peut-être simplement le produit de mon manque de confiance en moi. Si j'étais vraiment aussi ignoble que je prétend l'être, je ne serais fort probablement pas aussi entourré que je le suis. Entourré de gens formidables que je craint de perdre de vue....
