vendredi, février 17, 2006

Jour 327- Accident

Il arrive parfois des événements que l'on ne s'explique pas, le genre d'événements qui font qu'une foule de questions se précipitent dans notre tête, sorte de méga saturation instantanée qui vient tout bloquer et qui fait qu'on ne sait pas quoi faire. Aujourd'hui, j'aurais pu mourir. Enfin, chaque seconde que l'on passe ne fait que nous rapprocher de la mort, ça je n'en ai que trop conscience puisque, dans la logique des choses, la mort est la seule chose que l'on est certain de ''vivre'' un jour. Pourtant, aujourd'hui, je suis passé près de mourir et le pire dans tout cela c'est que je n'en ai pas réellement pris conscience, ou du moins, cela aurait pu m'arriver sans même que j'en prenne conscience, trop occupé à essayer de dormir. Il y a eu un carambolage sur l'autoroute, une quarantaine de voitures impliquées d'après ce que l'on a su. Les prochains à foncer dans le tas, c'était nous...ça a passé proche disons mais la chauffeure a eu le réflexe de freiner.Ça fait tout de même bizarre de considérer qu'on puisse avoir la vie sauve à cause d'une personne que l'on ne connait pas vraiment, d'une personne à qui l'on doit beaucoup sans toutefois savoir comment la remercier adéquatement pour tout ce qu'elle nous a donné. En même temps, je me mets à la place de cette personne et je me dis que le stress doit être intense . À chaque départ, elle retient entre ses mains la vie de toutes les personnes qui sont à bord de l'autobus, c'est une responsabilité immense et sincèrement je me demande si ce serait quelque chose que j'arriverais à supporter. La pression doit être énorme! En fait, je crois que cette personne dont j'ignore même le nom est admirable par sa conduite, le sang froid dont elle a fait preuve dans cette situation qui m'a littéralement traumatisée.
Toute cette situation m'a fait réalisé une chose en particulier: quand un événement comme celui-ci arrive, je ne suis pas préparé pour l'affronter et je ne suis pas en mesure de réagir correctement. Ce n'était pas l'attente sur les lieux qui était pénible, ni le fait de voir les morts et les blessés passer tout près de l'autobus qui était difficile, non, le pire dans tout ça c'était le fait de ne pas savoir quoi faire, se sentir impuissant mais surtout inutile alors que dehors des gens étaient littéralement en train de perdre la vie. Je me suis senti un peu mal de voir que ces gens étaient là et que moi je ne pouvais pas y faire grand chose, sinon leur parler pour faire diminuer la pression, leur offrir mon manteau ou mes gants pour les réchauffer mais sinon, rien. J'ai passé l'après-midi à voir un cadavre par ma fenêtre,c'est quelque chose que je n'oublierai jamais. On réalise trop peu souvent la chance que l'on a d'être vivant. Je me dis que j'aurais pu être parmi ces gens, que j'aurais aimé être aidé...disons que je m'en veut de ne pas avoir su comment réagir.
Dans une situation comme celle-là, il y a peu de choses à quoi penser. Quand les récits s'accumulent, voitures qui s'encastrent les unes dans les autres commes des blocs légos, d'éblouissement ponctué de sons de métal qui se tord et de cris qui viennent de toute part en passant par un homme qui a cessé de compter les collisions au 15e impact, il est difficile de devoir se résoudre à être observateur de l'enfer. Le fait est que j'ai eu une chance incroyable, j'en suis trop conscient maintenant.
J'ai compris ce qu'était la nature humaine en faisant face à cette situation. Premier constat effectué: l'homme est voyeur et a cette fâcheuse tendance à se foutre le nez où il n'a pas réellement d'affaire. Si on en reste au premier degré, c'est particulièrement vulgaire, s'insinuer dans l'intimité de quelqu'un par simple plaisir. Pourtant,avec du recul, j'en suis venu à la conclusion que c'était tout simplement par sympathique que les gens pouvaient le faire. En fait, je me suis rendu compte que justement, en regardant ce qui se passant autour de nous, il nous était plus à même de comprendre notre monde, de saisir ce qui le composait, ce qui arrivait aux autre. En fait, c'est le premier niveau de l'observation, la collecte de donnée, dans un éventuel but d'action dans la mesure du possible. La seconde constatation que j'ai fait est plutôt au niveau du comportement en situation de crise. Tout le monde était aux aguets, prêt à intervenir du mieux qu'il le pouvait par rapport à ce qu'on lui demanderait en cas de besoin. Coopération, c'est le terme qui s'applique au cas présent. Il s'est développé autour des passagers de l'autobus un certain lien, probablement dû au fait que nous ayons passé 7h ensemble dans un espace considérablement restraint, mais le fait est qu'en même temps, chaque personne semble s'être sentie concernée. Grand merci à l'étudiante en soins infirmier, grand merci également à l'ergothérapeute assis en face de moi qui a pris la situation en main en voyant la panique qui s'installait dans l'autobus, merci aussi à la dame qui a donné à grignotter à ceux qui avaient faim, à ces personnes avec qui j'ai pu discuté de tout et de rien dans le seul but de me changer les idées. Seul, nous ne sommes pas grand chose en bout de ligne. C'est fou de constater à quel point les gens peuvent tout simplement détourner toute leur attention sur une seule préoccupation: survivre. Dans la situation que j'ai vécu avec ces personnes, l'important n'était pas tant ce que nous aurions voulus faire, mais bien de faire avec ce qui nous était proposé, s'arranger avec les moyens du bords pour limiter les dégats et continuer le plus normalement possible. Est-ce une démonstration de l'instinct de survie? Peu importe, le fait est que jamais plus il ne me sera possible de voir les choses comme je les voyaient avant. On se dit trop souvent que c'est le genre de chose qui n'arrivent qu'aux autres. En fait, je ne peux pas vraiment dire le contraire, je n'ai pas été impliqué dans cet accident, mais dans les faits, j'ai été témoins, présent ce la catastrophe et plongé malgré moi dans un univers auquel j'aurai préféré ne jamais être confronté. Il y a tellement de questions dans ma tête au moment présent, je ne sais plus trop où j'en suis je dois avouer. Dormir me ferais du bien, en espérant que mon sommeil ne sera pas une fois de plus écourté par un incident...

2 Comments:

Anonymous Anonyme said...

ME revoilà pour un petit mot...


J'ai vécu cette situation par trois fois déjà... je sais ca fait beaucoup, mais c'est effectivement le genre de chose qui te fait comprendre qu'il y a des opportunités à saisir parce que la vie tient à peu, en dehors des interventions encore, quand des accidentés de la route te prennent la main et ne te lachent plus les priant de les soulager, la étrese d'un petit-fils face à sa grand-mère qui gisait bleue d'un arrêt cardiaque... Trois événements qui m'ont fait comprendre que ce que je ne tentais pas aujourd'hui, je ne le tenterais peut-être jamais...

1. tempête du 26 decembre 1999. Des rafales à plus de 220 km/h, les arbres qui s'écroulnt comme des dominos les uns sur les autres, le toit du voisin qui était sur le point de s'envoler ; la panique atroce de mes deux frères, et moi, impassible, je mangeais... en fait je n'ai réalisé que le jour suivant en voyant la maison de ma grand mère, le pignon ouest et le toit sur son lit... par chance elle n'était pas dans sa chambre, car elle serait morte.
2. octobre 2003. Je venais d'avoir mon permis de conduire, et pour la première fois, je conduisais seul sur l'autoroute me menant à Strasbourg. Lancé à 130 km/h, la vitesse légale pour une fois, j'avance confiant, et là, au milieu de la nuit, deux voitures qui louvoient 200m plus loin. Elles évitaient de justesse deux autos en travers e la chaussée qui s'étaient heurtées de coté et se sont retournées, aucun feu de détrese allumé, rien. u dernir moment moi aussi je vois les faits, et de jusesse, à 5 mètres près j'ai pu freinr et me déporter, les pneus hurlaient de toutes parts... ce jour là, je l'ai échappée belle et je peux te garantir que tu arrêtes de réfléchir et que ton coeur se met à battre à 100 à l'heure... Je n'ai pas vu défiler ma vie, mais juste après c'est sur que les 10 derniers km c'est la peur au ventre que tu les couvres, en repensant 1000 fois à "comment j'ai fait pour éviter le drame ?"

3. Encore sur la route, le 16.02.2005 (tiens ca faisait 1 an là...) je suis sur l'autoroute, je file à 150, un camion me passe devant de peu sur l'autoroute en changeant de file ans regarder, je dois freiner comme un malade pour me remettre à 80... s'en fallut de peu. Fause alerte, presque quotidien sur les autoroutes françaises... Oui mais voilà. 30 km plus loin, j'arrive à un arrefour sur la naionale, j'appue sutr la pédale de frein, rien. Heureusemen que je m'y étais mis tot ! Je pensais m'être planté de pédale comme ca peut éventuellement arriver avec de grosses chaussures d'hiver et pensais avoir eu l'embrayage. Je réappuie, rien... plus de freins. Conduire sans freins, c'est la chose la plus ardue que je connaise, chaque obtacle au loin peut etre fatal, se louper, interdit... sur le coup, funambule dans l'ame, limite ca m'amusait... mais par après, pendant bien 3 jours, j'ai repensé à ce qui serait advenu si la même chose se fût produite 30 km plus tot...



Ca forge le caractère, j'y ai gouté trois fois... et c'est évident qu'on ne repense plus comme avant. Ca t'expliquera sans doute certains traits de mon caractère dont tenter tout et l'impossible et mon obstination, mais en tk, je suis foutrement content qu'il ne te soit rien arrivé, parce que je savais que tu étais bloqué en tps réel...

Voilà voilà voilà... François.

1:10 p.m.  
Anonymous Anonyme said...

De mon côté,j'ai eu plus de chance en allant travailler à St-Laurent au lieu de Mirabel !

Mais je suis très heureux de te savoir bien vivant et tout en entier !

;-)

À bientot !

7:55 p.m.  

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