dimanche, septembre 18, 2005

Jour 176- Morbide

J'ai toujours dis que j'avais le don de me lancer dans des situations impossibles. Aujourd'hui j'en ai eu un exemple assez marquant. Avec tout ce qui s'est passé ces derniers jours, j'étais tout de même surpris en me réveillant ce matin que j'étais dans un état qui s'approchait beaucoup du bonheur. Enfin, sans vouloir sauter aux conclusions, je peux tout de même dire que j'ai rescenti un sentiment de bien-être, chose qui se fait malheureusement de plus en plus rare depuis quelque temps. Je ne voulais pas trop me casser la tête, je sais que ce sont mes réflexions qui font que bien souvent, je me sens mal. Ironiquement, plus je me sens mal, plus je me pose de questions, bref me voilà plongé dans un autre cercle vicieux d'où j'ai peine à me sortir.

Mais bon, tout ça pour dire que cet après-midi j'ai décidé de prendre les photos que la prof nous a demandé de prendre, question de se familiariser avec le fonctionnement de l'appareil photo. Comme je ne connais pas très bien les environs et que l'adaptation à la lumière est beaucoup plus intéressant à l'intérieur qu'entre les quatres murs trop blanc à mon goût de ma chambre, j'ai décidé de me rendre dehors pour prendre les photos et, pour la première fois depuis un bon bout de temps déjà, profiter d'une des dernières journées où la température me permet encore de mettre le nez dehors sans avoir à m'habiller comme un ours.

Je ne connais pas trop les environs, c'est pourquoi j'ai opté pour une valeur sure: le cimetière qui se trouve juste de l'autre côté de la rue. Bref, c'est tout proche, c'est à l'extérieur, les éléments à photographier sont innombrables et le thème reste et restera toujours un thème intéressant à traîter.Enfin, c'est le meilleur des deux mondes, sans mauvais jeux de mots.

J'ai pourtant beaucoup réfléchi, sans trop savoir sur quoi. Je sais que je ne pensais pas à moi, c'est comme si toutes mes pensées égocentriques s'étaient envolées. Je n'étais rien au milieu de tout ça, c'est comme si je ne pouvais qu'être présent, sans réellement exister. Je longtemps eu peur de mourir, jusqu'au jour où j'ai réalisé que je finirai pas aboutir là, que je le veuille ou non. Arrive un moment dans la vie où tout semble tellement clair.Du moins, je sais que la mort est l'une des rares certitudes que j'ai. Mais cet après-midi, c'était différent. Je n'ai pas peur de mourir mais en même temps, je dois avouer qu'il y a quelques détails dans la mort qui m'achalent. Je n'ai aucune conviction religieuse et je dois avouer que le fait de considérer que la mort marque une fin définitive me rassure grandement. D'un autre côté, je dois dire que que ce qui arrive reste pour le moins assez malheureux.

Dans notre culture, généralement nous sommes portés en terre, dans un cercueil ou dans une urne remplie de nos cendres. Enfin, rien d'extraordinaire et de très original. Avec un peu de chance, on peut avoir une pierre tombale qui a un minimum de bon sens et qui, avec beaucoup de chance cette fois, peut refleter quelque peu notre personalité. C'est beau de rêver. L'industrie de la pierre tombale est une entreprise bien trop lucrative pour prendre en considération une seule seconde le fait que la pierre est bien souvent le seul souvenir concret qui restera d'une personne.

En fait, c'est surtout ce point qui me dérange le plus dans un cimetière. Je sais qu'une chaque personne est en mesure de garder un souvenir de la personne qui décède, mais d'un autre côté, dans quelques années, ce nom ne signifiera plus rien aux yeux de personnes, quand toutes les gens qui auront cotoyés cette personnes seront mortes à leur tour. Pourtant, je ne peux m'empêcher de penser que derrière chaque pierre qui est allignée là se trouve une personne, parfois plus qu'une même...Une personne avec un vécu, une histoire, une personne qui avait quelque chose à dire, qui a fait quelque chose de bien ou quelque chose de mal...mais, chose certaine, ce fut une personne qui a changé des tats de choses autour d'elle. Mais maintenant, que reste-t-il concrètement? Un nom sur une pierre. Pour qui est-ce qu'on nous prend?

Quand on y pense, il y en aurait tellement à dire sur chacune de ces personnes, pourtant on ne le fait pas. On se contente généralement d'inscrire un nom ( et ça ce n'est que dans la mesure où on a bien voulu nous en donner un, ce qui n'est pas toujours le cas, principalement dans la section des tombes anonymes ou des enfants morts-nés ) et de laisser les choses se faire. Ça m'enrage de penser qu'après ma mort on va me mettre en terre et me laisser pourir, autant au sens littéral du terme que du fait qu'on risque de me garder en mémoire jusqu'à ce que le temps efface toute trace de mon existence.

On dirait que les cimetières n'existent que pour nous faire à croire que nous avons parfaitement conscience de la mort, mais nous ne voulons pas trop en parler. Tous les cimetières sont entourés de clôture, contre le vandalisme est probablement le principal prétexte utilisé. Mais en y pensant, c'est un peu comme si on tentait réellement de séparer le monde des vivants et celui des morts. Et encore là, les cimetières sont souvent des endroits où la vie est très bien implantée, question de ne pas trop sombrer le désespoir d'un endroit où tout s'est éteint. L'herbe toujours coupée, les arbres bien hauts, les petites fleurs, les animaux ( les corneilles surtout aujourd'hui, ça donnait un petit air lubugre malgré la journée très ensoleillée). Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour oublier que la mort s'en vient. Enfin, on tente de recréer un univers sécurisant et paisible: ce n'est jamais désagréable de visiter un cimetière, si ce n'est du petit côté ''respect des trépassés'' qui sent à des centaines de kilomètres à la ronde.

En y pensant attentivement, je réalise surtout que tout mon dégoût pour les cimetières vient peut-être du fait que je n'ai jamais vraiment vécu à 100% le deuil de ma grand-mère, il y a de cela bientôt 4 ans. J'ai peut-être un problème, mais je trouve que les gens ont tendance à tourner la page beaucoup trop rapidement. Je suis peut-être lent après tout. En fait, je crois que j'ai tendance à me mettre dans la tête d'une personne décédée, question de comprendre ce qu'elle peut ressentir. C'est une chose stupide je sais, mais en même temps je ne peux que déprimer en considérant toutes les personnes qui sont déprimée et me revoilà parti une fois de plus. J'absorbe peut-être trop les émotions des autres....

Je vais mourir, je le sais. J'ai au moins une certitude, reste à voir maintenant comment les choses se dérouleront en attendant que ce passage vienne.

''La vie est une aventure d'où on ne se sort pas vivant''.